exclues et condamnées à subir

Exclues et condamnées à subir…/ témoignage, par Imana

                 Dans cette élection dont les femmes sont exclues – car je ne mets pas dans le camp des femmes celle qui se bat contre leurs droits acquis et qui ne fait que renforcer la haine dont elles font l’objet en jouant le rôle de la sorcière– cette élection donc où une fois encore la parole politique est portée uniquement par des hommes, me donne l’impression d’être rejetée d’un coup au fin fond de notre histoire de femmes, assistant de l’extérieur au grand cinéma des joutes masculines.

                 Je pense d’abord bien sûr à celui qui se présente englué dans des histoires d’ordre juridique. Mais comme c’est curieux ! Personne ne relève qu’au-delà de ses déboires avec la justice il nous donne à voir l’exemple d’un patriarcat d’un autre temps que l’on croyait périmé et risible… Il a une femme qu’il a employée à son service – on se demande si elle-même était au courant - ; il lui interdit de parler, dit aux media « elle est prête à parler mais moi je ne veux pas… », Récolte l’argent de ses enfants qu’il emploie aussi comme patron… « Pour payer leur mariage… »Tout un programme ! Agit en parrain auprès de son parti qu’il remet au pas au nom de on ne sait quel chantage – Et va ensuite ostensiblement à la messe remercier le PERE éternel du pouvoir qu’il lui a donné… On rêve ; ou plutôt c’est un cauchemar, même le Guépard décrit par Tomasi di Lampedusa n’agit comme cela !

              Je trouve terrible aussi que les media s’empressent de relever le gant : cette femme, on ne l’appelle jamais « Madame… », On l’appelle par son prénom. On ricane, non pas de lui - mais d’elle. On la  met au niveau des blagues de fin de repas d’affaires entre hommes « et ta Bobonne, toi, elle te fait des confitures ? »

           Après lui il y a le ballet varié des « Je », des egos au masculin : tout ce qu’on connait si bien puisqu’on le vit en entreprise, dans les associations ou partis, ou même qu’on le retrouve dans les grands crimes familiaux qu’on nous raconte : il y a celui qui préfère faire perdre son camp plutôt que de lâcher son pouvoir et de se priver de se faire admirer. Il y a ceux (plusieurs) qui ne supportent pas d’avoir perdu et qui se vengent en trahissant, mais qui ont la trahison triomphante : « j’ai des couilles, moi, je ne me laisse pas faire – de toutes façons  je ne peux pas avoir tort » ; il y a ceux qui trahissent dans l’ombre déjà et qui attendent leur heure de pouvoir ; il y a ceux qui font les coqs, jeunes ou vieux ; si on élargit il y a  ceux qui piquent dans la caisse, ceux qui font du harcèlement sexuel…

          Tout ce joli monde promet de s’occuper de nous, les femmes… A notre place. Dans leur grande bonté ils vont nous accorder des droits, c’est promis : ils vont nous gâter. Forcément, depuis 1945 nous votons : ils ont besoin de nos voix.

          J’entends d’ici la question censée tuer : « est-ce que vous pensez que les femmes feraient mieux ? Ah ben ça, il faudrait essayer pour voir !! Tout ce qu’on sait c’est que dans la minorité qui a pu avoir quelques responsabilités, on n’entend pas parler de harcèlement sexuel, et qu’une enquête vient de monter qu’aucune femme député n’a employé son mari comme assistant parlementaire. C’est déjà ça… Mais faut voir – de toutes façons on aura une grande marge avant de faire pire…

         Bon, je vais quand même voter : je vais voter pour celui qui a dit dans son meeting « Je serai un Président féministe – et je m’adresse à toutes les femmes présentes, j’espère que ce sera l’une d’entre vous qui me remplacera dans 5 ans… »                Imana